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THRN 0123, le "Luxemburger Wort" suit le guide

Le guide «Architectour» présente, à travers ses huit circuits, 118 projets représentatifs du caractère innovant de l'architecture. L'architecture en tant qu'expression de l'identité, de la culture et de l'histoire d'un peuple est à découvrir parmi les nombreuses étapes proposées. Le «Luxemburger Wort» suit le guide et vous propose ici une deuxième présentation: le «Kulturhaus» Niederanven.

Au détour du parking le tracé emmène le visiteur vers la cour d'accueil à partir de laquelle se présente, à droite, la Maison Thorn, demeure cossue du 19ème, et en contrebas à gauche, comme posée dans son écrin de verdure, la nouvelle construction.
Né de la promesse de faire un centre culturel de la maison familiale achetée par la commune, l'actuel Kulturhaus Niederanven devait, au départ, concentrer une salle des fêtes et un syndicat d'initiative dans le bâti ancien, tout en le préservant. Pour le concours lancé en 2001, le bureau d'architecte SteinmetzDemeyer ne souhaitait pas intervenir aussi lourdement dans un patrimoine qui, nécessitant une ouverture sur 150 m2, n'en aurait gardé que sa façade. 

C'est en se promenant dans le parc que le cheminement intellectuel et architectural s'opère. La maison Thorn d'une part, faisant office d'écran contre les nuisances sonores de la bruyante route de Trèves qui la surplombe, les arbres et la végétation du parc d'autre part constituant un écran naturel, l'ensemble allait tout naturellement s'implanter au sein de ce microcosme favorable. C'est ainsi, en prenant les fonctions à l'envers, que les architectes proposent alors des fonctions différentes pour l'ancien bâtiment. Assaini, mis aux normes par des réfections (toiture, chauffage, électricité), il permet d'être utilisé comme bureaux, salle d'exposition et ateliers d'artistes, autonomes grâce à des entrées séparées. Aucune cloison n'a été démolie dans la bâtisse qui s'est vu préservée, jusqu'à retrouver quelques réminiscences anecdotiques de la vie rurale comme des armoires encastrées témoignant de son passé. 
Nico Steinmetz et Arnaud Demeyer abritent alors la salle polyvalente dans une nouvelle construction. De l'extérieur, c'est un ensemble rectangulaire s'appuyant sur la pente naturelle, et qui, au fur et à mesure qu'il s'enfonce dans le parc, s'élève du sol pour mieux s'en détacher. De l'intérieur, le cheminement continue. L'auvent de la porte d'entrée passée, le visiteur est naturellement invité à longer à nouveau le parc, de l'intérieur cette fois, par un couloir de circulation qui conduit à la salle et connecte ainsi les deux espaces. Intermédiaire vitré assurant également la fonction de galerie d'exposition, il est le lien entre l'intérieur et l'extérieur. Adoptant le même pavement et suivant la pente naturelle, les marches intérieures correspondent à celles extérieures qui relient la cour d'accueil à la salle, formant ainsi un espace de plein air dédié, entre autres, aux concerts. A l'opposé du verre, c'est un mur solide qui cerne l'autre flanc du couloir. Telle une épine dorsale, les «services» (loges, sanitaires...) y sont confinés. De l'espace vitré de la galerie, on atteint celui de la salle polyvalente. La structure fine et aérienne de la première laisse place à une structure de bois plus dense propice à un espace de réception et de séjour du public. Outre son apport de chaleur, le bois est un matériau privilégié pour ses propriétés acoustiques.

L'intégration des éléments se retrouve dans les structures porteuses intégrant les techniques nécessaires ou dans l'espace minimal en fond de scène qui abrite les dispositifs d'une salle polyvalente (scène, écran, sono).

Quiétude
Si les vitres de la galerie de circulation ont été dotées d'une double sérigraphie, ce sont des protections solaires en bois qui jonchent latéralement la toiture côté parc. Avec le garde corps de la terrasse périphérique, elles créent cette double façade qui offre une vue contemplative exceptionnelle. Les architectes ne cachent pas l'inspiration japonisante, optant pour une ouverture sur la nature créant un état de rupture avec le monde extérieur. De l'espace vitré de la salle résulte un sentiment de calme intervenant visuellement mais aussi au niveau sonore; une quiétude opérée en outre par une rythmique régulière des éléments et un équilibre des tonalités et matières. Pour y parvenir, les paramètres sont autant créatifs que techniques. Outre les intégrations minutieuses et les inspirations, la maîtrise des détails est inéluctable. Celle des proportions, par un jeu de lignes cohérent entre les hauteurs des bris solaires, des ouvrants et autres lattis intérieurs, mais aussi la cohérence des matériaux et des résonnances chromatiques, procurent à l'ensemble une harmonie, pourtant pas évidente et ce, pour différentes raisons. Celle de la fonction tout d'abord. Car qui dit «polyvalent» dit sans fonction spécifique, ce qui nécessite à la fois flexibilité et ingéniosité pour éviter de démultiplier les outils présupposés utiles aux probables utilisations. Celle aussi d'avoir comme interlocuteur une commune qui n'avait pas défini alors de personne responsable de la programmation du lieu. Enfin, sous un aspect plus technique, l'ensemble est une structure compliquée. Sous son apparente simplicité, la stabilité du pavillon posé sur des appuis ponctuels était un défi. La largeur plus importante des piliers extérieurs exprime ainsi la stabilité qu'ils représentent.

SteinmetzDemeyer, fidèles à leur philosophie, ont tiré le plus grand profit du lieu. Pour les deux architectes qui considèrent primordiale la sensation émanant d'un lieu, Niederanven est une architecture à la fois forte et intégrée que tout un chacun est invité à vivre et à ressentir.

Du bureau fondé en 1989 par Nico Steinmetz, associé en 2001 à Arnaud De Meyer, il ne reste qu'un souvenir plaisant de sept architectes réalisant beaucoup de petites maisons et de rénovations. Actuellement au nombre de 30, l'évolution n'est pas prête de s'arrêter pour le lauréat du nouveau LuxExpo. Mettant un point d'honneur à ne pas se spécialiser, l'agence participe aux concours nationaux et constate l'émulation qui s'en dégage.

La scène luxembourgeoise explose et la prise de conscience du public amorcée grâce aux actions de vulgarisation de la Fondation de l'architecture et de l'OAI va de pair.

Le futur pour SteinmetzDemeyer: s'inscrire dans les grands enjeux de demain. «Les traces qu'on laisse sont une vitrine de notre civilisation. Il faut prendre la pleine conscience de cet acte architectural ».